Sierra Nevada de Santa Marta

 

 

SIERRA NEVADA DE SANTA MARTA
Les indiens de la Sierra Nevada de Santa Marta sont entre autres les kogis, les arhuacos et les arsarios

Image illustrative de l'article Parc national de la Sierra Nevada de Santa Marta  photo-satellite-sierra
Parc National de la Sierra Nevada de Santa Marta  et vu par satélite

En l’occurrence le 2e parc national le plus ancien de Colombie, qui fut créé en 1964. Celui-ci se situe dans la Cordillère Orientale, la chaîne de montagne de la Sierra Nevada de Santa Marta, couvrant les départements de la Guajira,
Magdalena et Cesar

Colombia la guajira svg Colombia magdalena 1886 svg Colombia cesar svg
département de la Guajira  départemenat de la Magdalena département de Cesar

 

Pour sa part, la Sierra Nevada de Santa Marta est un massif montagneux isolé de la cordillère des Andes. D'une altitude maximale de 5'775m à seulement 42 km de la mer des Caraïbes, il s'agit du plus haut massif côtier du monde.


mer des Caraïbes

Le point culminant du massif (et également de la Colombie) peut être soit le pico Cristóbal Colón (ce qui est couramment admis), soit le pic Simón Bolívar, ce dernier étant moins élevé.

Pico cristobal colon  Telechargement 7
pico Cristóbal Colón​ 5776m. et pico Simon Bolívar 4978m

La sierra Nevada est un massif relativement compact, émergeant de terres toutes inférieures à 200 m d'altitude. Il est impossible de passer de la sierra Nevada aux Andes sans descendre sous ce niveau. Cela fait du pic Cristóbal Colón le cinquième plus haut du monde en altitude relative.

Par conséquent, cette région constitue à la fois un sanctuaire, une réserve native et une attraction touristique, en raison de sa variété de climats, terrains, flore et faune. Réparties dans ces réserves indiennes (Resguardos Indigenas), localisées dans la moyenne montagne, i4 tribus vivent ensemble au cœur même de la Sierra Nevada, tous descendants des Tayronas

Autrefois, bien avant l'arrivée des colons, les Tayronas formaient un peuple de chasseur nomade, qui développa par la suite une organisation socio politique structurée. Ils détenaient des connaissances en céramique et en orfèvrerie. Les maîtres orfèvres moulaient des figurines d’esprits, d’êtres humains et d’animaux à l’aide d'une ancienne technique nommée technique de la «cire perdue».

Extrait du sable des rivières, l’or était ensuite fondu et versé dans un moule, prenant la forme de la cire. Ces figurines étaient utilisées dans les rituels, placées dans les tombes ou enterrées en «paiements à la terre». Pour les Natifs, l’or reste un métal sacré d’une grande importance rituelle. Flairant rapidement ce filon, les envahisseurs volèrent leurs œuvres, sans respect pour ce métal sacré, leurs propriétaires et leurs descendants, héritiers légitimes de ces pièces inestimables issues de leur passé. 

Il existe 4 tribus vivant au cœur de la Sierra Nevada :

- Au sud : les ARHUACOS ( IKA)
- A l’est : les ARSARIOS ( MALAYO OU WIWA)
- Au nord : les KOGIS
Et les KANKUAMOS qui ressurgissent depuis les années 1990.

Le Peuple Arhuaco (Iku) : 27 000 habitants approximativement

Le Peuple Kankuamo  (Kakachukwa) : 15 000 habitants approximativement

Le Peuple Kogui (Kaggaba) : 22 000 habitants approximativement

Le Peuple Wiwa : 15 000 habitants approximativement

 

Arhuacos   Arsarios   Kogis

ARHUACOS                         ARSARIOS                        KOGIS

Grands frères

Les Indiens de la Sierra s’autodénomment ’grands frères’ et considèrent qu’ils font preuve d’une sagesse et d’une compréhension mystiques, supérieures à celles des autres peuples qu’ils appellent leurs ‘petits frères.’
Les grands frères estiment qu’il est de leur responsabilité de maintenir l’équilibre de l’univers. Lorsqu’il y a des ouragans, des périodes de sécheresse ou de famine dans le monde, ils se disent responsables de l’échec de l’homme à maintenir l’harmonie du monde.
L’équilibre est établi en faisant des offrandes aux sites sacrés pour rendre à la terre ce qui lui a été prélevé.

Mamos

Un Arhuaco, Colombie

Leurs leaders spirituels sont appelés Mamo. Ils sont chargés de maintenir l’ordre naturel du monde à travers le chant, la méditation et les rites d’offrandes.

L’apprentissage du Mamo commence dès son plus jeune âge et continue jusqu’à ses 18 ans environ. Le jeune homme est emmené dans les hauteurs des montagnes où il apprend à méditer sur le monde naturel et spirituel.

Dans notre culture occidentale, le Mamo serait à la fois un prêtre, un enseignant et un médecin.

Leurs leaders spirituels sont appelés Mamo. Ils sont chargés de maintenir l’ordre naturel du monde à travers le chant, la méditation et les rites d’offrandes.

L’apprentissage du Mamo commence dès son plus jeune âge et continue jusqu’à ses 18 ans environ. Le jeune homme est emmené dans les hauteurs des montagnes où il apprend à méditer sur le monde naturel et spirituel.

Dans notre culture occidentale, le Mamo serait à la fois un prêtre, un enseignant et un médecin.

Coca

La feuille de coca joue un rôle central dans la vie quotidienne des Indiens de la Sierra Nevada et est utilisée dans les offrandes et les cérémonies.

Chaque homme porte une petite bourse remplie de feuilles de coca qu’il mâche pour créer un léger effet stimulant. Lorsque deux hommes se rencontrent, ils échangent une poignée de feuilles en signe de respect mutuel.
L’homme transporte également une gourde évidée – le ‘poporo’ – qui contient une poudre de coquillages écrasés. Il utilise un bâtonnet pour prélever un peu de cette poudre et la mélanger à la boule de coca qui est dans sa bouche – l’alcalinité des coquillages provoque une réaction avec la coca en stimulant ses ingrédients actifs. Le surplus de poudre se fixe à l’ouverture du poporo formant avec le temps un épais collier.

Le ‘poporo’ est un symbole de virilité et une marque de civilisation parmi les Indiens

Le ‘poporo’ est un symbole de virilité et une marque de civilisation parmi les Indiens

La coca est également cultivée par les colons non-Indiens pour être transformée en cocaïne. La Colombie a longtemps été qualifiée de plateforme mondiale de la cocaïne et sa production a eu des conséquences dévastatrices sur les Indiens.

Les flancs inférieurs de la Sierra sont occupés par les colons qui y cultivent la coca pour alimenter le trafic de drogue qui finance une grande partie du conflit armé entre la guérilla et les paramilitaires.

Malgré leur caractère pacifique, les Indiens ont fréquemment été pris en étau entre l’armée et les groupes armés clandestins. Beaucoup d’entre eux ont été tués ou forcés de fuir le conflit qui sévit sur leur terre.


Les Indiens de la Sierra Nevada sont les descendants des Tairona, une importante civilisation connue pour son architecture en pierre et son orfèvrerie qui attirent touristes et pilleurs de tombes dans la région.

Chaque groupe a dû affronter à sa manière l’invasion de son territoire : les Kogi ont fui l’invasion en se réfugiant dans les hauteurs de la Sierra. Ils sont restés particulièrement réticents au tourisme.

 

      

Les Arhuaco, dont les hommes se distinguent par leur chapeaux coniques blancs, se sont organisés dans un puissant mouvement politique pour défendre leurs droits, alors que les Kankuamo qui vivent dans les contreforts inférieurs de la Sierra sont presque entièrement intégrés à la société dominante.

‘L'entrée est interdite aux non-Indiens’ - panneau à l'entrée d'un village arhuaco
village indiens

Eau

L’eau est très précieuse pour les Indiens qui s’opposent farouchement aux barrages hydroélectriques existants dans la région ainsi qu’aux nouveaux projets. Les barrages interfèrent dans le cycle naturel des eaux de la Sierra et menacent les cultures et les moyens de subsistance des Indiens.

Les projets de développements et les grands propriétaires terriens rendent de plus en plus difficile le déplacement des Indiens sur leur territoire ancestral et les empêchent de faire des offrandes pour maintenir l’équilibre du monde.

Ils maîtrisaient l'architecture, dont l'un des seuls vestiges toujours debout de nos jours serait la Cité Perdue. Appelée Teyuna par les autochtones, - et bien moins connu que le Machu Picchu ou Chichén Itzá -, ce site n'est accessible qu'après une randonnée de près de 50km. Fondée autour de l'an 800, - soit 650 ans avant le Machu Picchu -, la Cité Perdue fut retrouvée par des chasseurs de trésor en 1972.
Elle demeura très longtemps écartée du monde touristique et maintenue secrète par ces peuples, en raison des tensions sévissant entre l'armée colombienne, les groupes paramilitaires et les FARC. Mais la situation s'étant beaucoup calmée depuis le milieu des années 2000, Teyuna est redevenu accessible et ouverte au public.

Image illustrative de l'article Machu Picchu
Machu Picchu ou Chichén Itzá

Selon les membres des ethnies locales, tels que les Arhuacos, les Kogis ou les Asarios, Teyuna constituait le cœur d'un réseau de villages, jadis habités par leurs ancêtres, les Tayronas. Proche de la Rivière Buritica, la Cité Perdue désignait a priori le centre politique et manufacturier de la région. Elle abritait apparemment entre 2000 et 8000 personnes, avant d'être abandonnée lors de la conquête espagnole. Des figurines d'or, ainsi que des urnes en céramique en furent extraites, puis revendues sur le marché noir par les pillards. Et ce jusqu'au moment où les autorités décidèrent de révéler son existence en 1975 pour y mettre un terme.

reserve_arhuacos
Situation des principaux peuples


Les Arhuacos habitent dans les hautes vallées des rivières Piedras, San Sebastian, Chichicua, Ariguani et Guatapuri, au sein de la Réserve Indienne des montagnes de la Sierra Nevada de Santa Marta. Avant la colonisation espagnole, leur territoire traditionnel s’étendait bien au-delà des frontières actuelles. Ces dernières excluèrent de nombreux sites sacrés, que cette tribu continue pourtant à visiter pour y apporter leurs offrandes. Ces terres perdues se situent dans les parties plus basses, aux pieds des montagnes maintenant dédiées à l’élevage et à l’agriculture.

LEUR ÉCONOMIE :

L’activité économique principale des Arhuacos est l’agriculture de subsistance. Celle-ci était pratiquée traditionnellement par chaque famille, au sein de la communauté, sur leur propre parcelle près des maisons. Chaque famille possédait deux maisons ; une dans les terres du haut où le climat est plus froid et une, plus chaude, dans les terres situées en bas des montagnes.

Aujourd’hui, ils n’ont d’autres choix que de poursuivre ce mode de vie uniquement dans les régions du haut, en raison de l’expropriation de leurs terres au cours de la colonisation espagnole. 

maisons_arhuacos

Sur les terres du haut, ils cultivent encore des pommes de terre, des oignons, des choux, des laitues, des myrtilles, des tamarillos (fruits ressemblant à des tomates), des citrouilles, de l’ail et du blé. Sur les terres du milieu, ils font pousser du maïs, des haricots, des yuccas, des arracachas (des tubercules de la région), des malangas (fruits de la région), des feuilles de coca, du coton, des ananas, des papayes, des goyaves, des fruits de la passion, des grenades douces, des oranges et des citrons.

tamarillos
tamarillos

L’envahisseur espagnol a introduit le café, la canne à sucre, le blé, le bétail. Ils élèvent également des poulets, des moutons, des chèvres et des porcs. Le café est cultivé principalement pour des raisons commerciales, afin d'être échangé avec d’autres produits, qu’ils ne peuvent obtenir dans les terres du haut. 

Même si certains utilisent les habits occidentaux, les hommes continuent à fabriquer leurs costumes traditionnels. Les tenues vestimentaires sont tissées en coton blanc et les natifs se déplacent nus pieds. Ils portent un chapeau de forme conique, représentant les pics enneigés de la Sierra. Quant aux femmes, elles confectionnent les célèbres Mochilas, ou Tutu Iku dans leur langue maternelle.

Vetement traditionnels   Femme mochila
hommes en vêtements traditionnel et femme fabricant le mochila

Ces sacs de laine sont fabriqués avec du sisal et certaines pièces nécessitent des mois de travail. Elles y inscrivent leurs pensées qu'elles tissent à longueur de journée tout en marchant. Très à la mode à Bogota, ainsi que dans d'autres villes majeures de Colombie, les Mochilas sont prisés aussi bien par les hommes que les femmes. Dans son ensemble, l'’artisanat Arhuacos leur sert également de troc pour se procurer ce qu’ils leur manquent.

Mochila   mochilas1

et necessitent des mois de travail. Elles y inscrivent leurs pensées qu'elles tissent à longueur de journée tout en marchant. Très à la mode à Bogota, ainsi que dans d'autres villes majeures de Colombie, les Mochilas sont prisés aussi bien par les hommes que les femmes. Dans son ensemble, l'’artisanat Arhuacos leur sert également de troc pour se procurer ce qu’ils leur manquent.

 

CROYANCES ET SPIRITUALITÉ :

Les Arhuacos font référence à une ethnie profondément spirituelle, héritière comme les Kogis des Anciens Mayas, en l'occurence les derniers peuples précolombiens selon Eric Julien. Ils suivent leur propre philosophie unique, qui tend à globaliser leur environnement. Ils croient en un «Créateur» ou «Grand-Père» nommé Kaku Serankua. Ce dernier aurait engendré les dieux, les premières choses matérielles de la vie, ainsi que d'autres «pères» comme le soleil et les sommets enneigés et d'autres «mères», comme la terre et la lune. Ils considèrent que la Sierra Nevada de Santa Marta se trouve au cœur du monde et que le bien-être de ce dernier en dépend. 

lune

La Nature et la société en tant qu’unité sont régies par une loi singulière, sacrée, immuable, préexistante, primitive et survivant à tout et à tous. Le monde matériel ne peut exister ou cesser d'exister sans elle. Elle est donc censée se poursuivre sans être modifiée. 

Nommée Kunsamü, cette loi de la nature est représentée par un garçon, Mamo Niankua. Elle tend à expliquer les origines de la matière et de son évolution. Ainsi que l'équilibre, la préservation et l'harmonie qui constituent les objectifs fondamentaux et la raison d'être du Mamo; l'autorité spirituelle de la société Arhuaco. 

Chaque Mamo ou Mamü est choisi parmi différents candidats. Des garçons de huit à dix ans reçoivent alors une formation pour un minimum de neuf à quinze ans. Après cette période initiale, ils sont libres de déterminer s'ils veulent ou non continuer plus avant. Pour devenir un Mamo, ces jeunes séjournent dans une grotte durant 9 ans, pendant que les Mamos Mayores, ou les Anciens, leur enseignent tout ce qu’ils ont besoin de savoir. Ils se spécialisent ensuite dans certains domaines de connaissances, comme la philosophie, le sacerdoce, la médecine et la communauté pratique ou en tant que conseillers individuels. Leur influence est déterminante dans leur société.

mamos

« Notre concept de développement repose sur l'accomplissement de la Loi Originelle, sur la nécessité de retrouver notre vrai Tani, ordonnateur et possesseur de la science, tel que nos premiers pères et mères nous l’ont laissé en guise de constitution. La richesse ne nous intéresse pas. Notre raison d'être consiste à prendre soin de la vie. Quand nous parlons de Notre Territoire, il ne s'agit pas d'un terrain inculte, mais de son caractère sacré et symbolisé par les grands pics, les grands sommets. 

montagnes

Toutes ces hautes montagnes de la Sierra Nevada sont des Mamos [chamans]. Ce sont les géniteurs de tout ce qui existe. Et c’est à eux que nous adressons nos offrandes, afin qu’ils veillent à préserver la vie. Ces pics sont de grandes villes, de grands temples, plus ou moins hauts de tous les peuples du monde, les mères et pères de tous les continents et de tous les pays. Ici, les gouvernements sont représentés par des sommets. 

Si les gouvernements prenaient conscience de leurs origines, ils ne porteraient pas atteinte à ces véritables reliques qui nous ont désigné comme leur gardien. Ainsi, nos Mamos ont vu la nécessité d’avertir l'humanité entière de leur préoccupation, quant aux répercussions qui résulteraient de la disparition de la Sierra Nevada en tant que cœur du Monde. Depuis la conquête espagnole, voici plus de 500 ans, les Blancs imposent leurs lois et croyances.

Pour nous peuples indigènes, cela a signifié l’extermination, la destruction, l’humiliation, l’esclavage, la profanation et le pillage de nos Sites Sacrés. Nous sommes encore là, dans notre Sierra Nevada et nous souffrons. Cette souffrance perdure et s'intensifie car actuellement Notre Territoire vit sous la menace de ceux qui ne connaissent pas nos traditions spirituelles millénaires.»

(Extrait du site Arutam)

Les sages Arhuacos soutiennent le monde et conservent son équilibre. Ils maîtrisent les éléments naturels et protègent l’univers des catastrophes grâce à un système de «paiements à la terre». Néanmoins, lorsque des désastres naturels se produisent quand même sur Terre, ils s'en sentent responsables et ont le sentiment d'avoir échoué dans leur tâche d'évitement de ces évènements. À cet effet, ils chantent, dansent, célèbrent des cérémonies et des rituels, guérissent les maladies, gardent les objets sacrés, les bâtons, les masques, les pierres. 

mundo

Ils se perçoivent comme los Hermanos Mayores, les Frères Aînés et nomment les autres peuples (en l'occurrence les occidentaux) los Hermanos Minores, les Petits Frères. Aujourd'hui, Ils souhaitent diffuser très largement leur message. Conscients qu'un nombre toujours croissant d'individus commencent à défendre des valeurs humaines identiques aux leurs, au détriment des valeurs économiques.

Selon le Mamo Menjabin, leur spiritualité s'appuie sur 4 principes fondamentaux:

  • 1 Vivre en communauté, immergés dans un groupe, afin de servir dans le respect de la Terre Mère,
     
  • 2 Nul besoin d'amasser des biens matériels, mais se contenter du nécessaire, afin d'utiliser les ressources avec sagesse,
     
  • 3 Respecter l'ensemble des croyances, tribus, courants de pensées, et par-dessus tout, les aimer,
     
  • 4 Toujours rechercher la progression de la conscience, la somme des valeurs spirituelles, la guérison de l'âme, la Lumière, l'élévation de l'être, et le fait de rompre toutes les chaînes transgénérationelles, les échecs, les situations difficiles, etc.

« Les blancs nous maltraitent et ne sont d’accord avec nous, que lorsqu’ils veulent obtenir de nous quelque chose, comme nos votes pour leurs politiciens qui promettent beaucoup et ne donnent rien. Ils nous ont enseigné des besoins nouveaux qui nous séparent peu à peu de nos traditions et de nos méthodes anciennes, pour produire tout ce dont nous avons besoin. Ils ont apporté leur propre façon de penser dans notre communauté. Mais leurs idées sont mauvaises et rendent certains d’entre nous honteux d’être indiens, ce qui devrait pourtant être notre plus grande fierté. Être indigène, c’est comme être à la racine des choses. »

(Extrait du blog de Coco Magnanville)

Tayrona-logo

CONFLIT AVEC LES COLONISATEURS :

En 1916, les Arhuacos demandèrent au gouvernement colombien de leur fournir des éducateurs, afin de leur apprendre à lire, à écrire et aussi leur enseigner les mathématiques. Mais au lieu de cela, le gouvernement leur envoyèrent les Capucins Friars. Les Friars interdirent aux enfants de la tribu d’être éduqués au sujet de leur propre culture. Ils établirent un «régime de terreur», les écartant de leurs familles pour les placer en orphelinat. Enfin, ils iinstaurèrent le travail forcé, ignorant la requête des Arhuacos de les laisser tranquilles.

montalguacil

En 1943, des politiciens venus de Valledupar, des missionnaires et le Ministère de l’Agriculture, exproprièrent sans aucune compensation, les meilleurs terrains de Nabusimake, puis y instaurèrent une ferme d’agriculture possédée par l’État. Les Arhuacos se défendirent et en 1944 ils créèrent la Liga de Indios de la Sierra Nevada (La Ligue des Amérindiens de la Sierra Nevada), mais furent proscrits en 1956 par les militaires du gouvernement.

En 1962, le gouvernement imposa la construction d’une tour de communication pour la Télévision sur le Mont Alguacil, un site considéré sacré par les Arhuacos. Le gouvernement édifia aussi un poste militaire dans le but de les intimider. Plus tard, il leur ordonna la construction d’une autoroute allant de leur territoire à Valledupar. Ignorant les menaces, les Arhuacos rétablirent leur ligue.

En 1972, ils conçurent le Cabildo Gobernador (le Conseil Gouverneur) avec un responsable du même nom, possédant une meilleure structure et une organisation plus adéquate pour défendre leurs valeurs et leur terre.

Le 7 Août 1982, ils se rebellèrent contre les Capucins et reprirent le contrôle des bâtiments de la mission, les contraignant à s'en aller en 1983.

LA CULTURE PROHIBÉE :

La Coca représente une plante rituelle majeure, cultivée par de nombreux peuples natifs des Andes comme de l’Amazonie. Ses feuilles contiennent 14 alcaloïdes, dont la cocaïne. Pour extraire l’alcalin actif de la feuille, les autochtones de la Sierra réduisent des coquillages marins en fine poudre de chaux, qu’ils introduisent ensuite dans une gourde fermée par un bâtonnet. Chaque homme porte sa gourde ou «Poporo» et son propre sac de feuilles de coca. Lorsqu'ils se rencontrent, ils en échangent toujours une poignée.

poporo

Ils la mâchent jusqu'à former une chique. Puis, ils retirent de leur Poporo le bâtonnet enduit de poudre de coquillage et le roulent précautionneusement dans la chique. Une partie de la poudre se mélange avec les feuilles mâchées et la réaction chimique libèrent les alcaloïdes. Avec le temps, l’orifice du Poporo se couvre d’une fine couche de calcium, durcie par le frottement répété du bâtonnet. Les Arhuacos croient que le fait de consommer la feuille de coca les rend plus vifs et lucides, plus résistants à la fatigue et à la faim. Un symbolisme sexuel se trouve aussi au sein de ce rituel, pratiqué essentiellement par les hommes : l’usage du bâton est considéré mâle et celui du Poporo, femelle.

En 1975, les Colons, - et non les Arhuacos -, ont commencé à cultiver de la Marihuana dans la Sierra Nevada. Une situation dont découla de nombreux problèmes pour leur communauté, tel un recrutement forcé pour les plantations, l’assimilation de la culture des drogues dealers par certains et de la violence. Venus d’autres régions de Colombie, de nombreux paysans pauvres travaillèrent dans les bonanzas de Marihuana de 1980. 

 

cocaContrairement aux Natifs entretenant des plantations traditionnelles de Coca cultivées dans un but non commercial, les drogues dealers produisirent de la Cocaïne par le biais de processus chimiques. L’argent ainsi généré attira par la suite le Conflit Armé Colombien, ainsi que d'autres conflits parmi les différents partis. Entrant en compétition pour le contrôle de la zone, les guérillas et les paramilitaires accusèrent de manière discriminatoire les Arhuacos et d’autres natifs de collaborer avec le parti rival. Ils les intimidèrent en les assassinant pour les contraindre à partir. Le gouvernement débuta alors des fumigations pour éradiquer les plantations illicites, laissant les Arhuacos au cœur des hostilités.

À l’avant-garde du mouvement natif et après avoir fondé la ligue Amérindienne de la Sierra Nevada en 1974, les Arhuacos créèrent le COIA (Conseil des Organisations Indiennes Arhuacos) et en 1983, la CIT (Confédération Indienne Tayrona). Ils jouèrent également un rôle important dans la création de l’ONIC (Organisation Nationale des Indiens de Colombie), l’une des plus importantes organisations natives du continent.

Les Kogis (koʊɡi), ou Koguis, sont un peuple amérindien de Colombie.

Les Indiens kogis vivent depuis plus de 500 ans dans la Sierra Nevada de Santa Marta, dans le nord caraïbe de la Colombie sur une portion de territoire qui va de 0 à 5 770 mètres de hauteur. Ils sont les descendants des Tayronas, que la conquête espagnole a repoussé dans les montagnes.

En 2004, on recense 9 911 kogis en Colombie. Ils sont surtout agriculteurs et possèdent quelques animaux, principalement des porcs et des vaches.

Le peuple Kogi souffre des guérillas en cours en Colombie.

Leurs rituels et leurs traditions sont caractérisés par un rapport très fort et très sensitif à la Terre. Ils se sentent encore de nos jours « gardiens de la Terre » qu'ils considèrent et traitent comme « sacrée ». Ils sont capables de sentir d'après eux les lieux où la Terre est « vivante » et ceux où elle est morte.

Une association française, nommée « Tchendukua, Ici et Ailleurs », a été créée à la fin des années 1990 pour racheter les terres volées aux Kogis afin de leur restituer.
Les Indiens Kogis vivent sur les hauteurs de la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie.
L'histoire est un peu folle bien qu' elle ne manque pas d'être cruelle pour les Indiens Kogi. Au nord de la Colombie, ces descendants de la civilisation des Tayronas, massacrés au XVIe siècle par les conquistadores, vivent aujourd'hui un autre cauchemar, celui de leur possible disparition. Repliés dans les hautes vallées de la Sierra - Nevada de Santa Marta, la plus haute chaîne côtière au monde, culminant à 5 800 mètres d'altitude et à moins de 45 km de la mer des Caraïbes, les Kogi sont au nombre de 12 000, plus du double si l'on inclut trois autres communautés, Aruacos, Arsarios et Wiwas, quand l'ensemble de cette population précolombienne était de 500 000 au moment de la conquête espagnole. La menace est bien réelle sur cette pyramide montagneuse, « centre du monde » et « mère terre », prise dans l'étau des violences entre paramilitaires et mouvements de guérilla (FARC et ELN), convoitée par les pilleurs de tombes et les colons, repaire également des narcotrafiquants...
 © Eric Julien
Au fur et à mesure qu'ils sont dépossédés de leurs terres ancestrales, 70 % en l'espace de trente ans, les Kogi meurent à chaque fois un peu plus. Car ces terres sont les « racines » qui leur permettent d'accomplir leurs rituels et leur mission en préservant l'équilibre d'un univers dont ils font partie intégrante. Pour eux, la perte de la terre signifie aller toujours plus haut, dans des conditions extrêmes, là où toute survie devient impossible. Auquel cas les Kogi, inexorablement, seraient condamnés à l'extinction. Le fatalisme d'une telle vision a fait soulever bien des montagnes à nombre de « petits frères », comme le disent les Kogi à propos des membres de nos sociétés modernes (pour qualifier ceux qui ne pensent pas), afin de rendre leurs terres aux Kogi. L'un d'eux, Éric Julien (1), géographe de formation, guide de montagne « dans une autre vie », était en 1985 coopérant en Colombie quand il les découvre : atteint d'un oedème pulmonaire lors d'une course dans la Sierra à 4 500 mètres, il ne survivra qu'après avoir été recueilli et soigné par les Kogi, sans qu'il sache aujourd'hui trop comment. Durant sa convalescence il se passionne pour la culture de ces héritiers des Tayronas et, pour les remercier de lui avoir sauvé la vie, il promet de les aider à récupérer leurs terres ancestrales. Dix ans plus tard, l'idée lui « trottant dans un coin de la tête », il crée l'association Tchendukua-Ici et ailleurs (2), pour mobiliser des dons en France pour permettre aux Kogi de racheter leurs terres. L'opération est alors baptisée « Mille personnes pour une terre ». Le premier lot de 50 hectares est acquis pour 70 000 francs en 1998, suivi par d'autres, représentant actuellement un total de plus de 1 500 hectares. Une aide indissociable de celle de son « frère de coeur » colombien, Gentil Cruz. Depuis les cités de pierre ont revu le jour à Santa Marta, des terres reprennent vie, des rituels sacrés sont réinstaurés, des objets précieux précolombiens (objets en or, perles, flûtes, quartz) récupérés auprès des pilleurs de tombes sont rachetés et restitués aux autorités spirituelles de la communauté, les Mamu. Une mémoire ainsi reprend vie. Et comme celle d'Éric Julien autrefois, la voie de la guérison est - ouverte.

« Ce qui est fascinant, explique-t-il, c'est le potentiel dont est pourvue une société précolombienne qui n'a pas connu de rupture historique depuis 4 000 ans. C'est un cas unique en Amérique latine. Les Kogi ont toujours gardé leur langue, leur système politique, juridique, éducatif pour qu'ils puissent réinvestir et réveiller les cités de leurs ancêtres. »

Pour Éric Julien, une telle société peut choisir son futur. Lorsqu'elle refuse, par exemple, de cultiver le café, elle paraît « primitive » en rejetant une forme de logique économique. Mais pourquoi le ferait-elle au risque de détruire l'équilibre social du groupe ? Ce peuple aurait-il préservé ce que nous, en - revanche, nous aurions perdu ? Des liens étroits, multiples, sont tissés avec leur milieu naturel, interrogeant notre propre futur. Ils veulent l'équilibre et la préservation du monde et non sa domination. Ils sont pacifiques et veulent vivre en paix ensemble. De fait, les Kogi sont loin de la modernité, tout au plus achètent-ils des bottes en caoutchouc pour se protéger des serpents, ou des machettes nécessaires à leurs travaux.

« On ne peut pas qualifier d'archaïque une société qui veut garder sa mémoire, hautement démocratique, où la pauvreté n'existe pas, dont les membres tentent de vivre mieux ensemble, en paix, à leur juste place, où la femme est respectée, et où la finalité de vie est d'être heureux », poursuit Éric Julien.

Tout cependant ne va pas de soi. Dans la longue quête des Kogi, tout dialogue est souvent remis en question. Il y a environ un mois, deux terres rachetées pour les rendre aux Kogi ont été volées par des « paras » colombiens d'extrême droite. Les familles ont été chassées et on a dénombré une cinquantaine de morts. Le « frère » d'Éric Julien, Gentil Cruz a disparu depuis quatre mois sans « qu'on est de trace de lui ». L'État colombien de son côté ne fait pas grand cas de ces « indigènes ». La Sierra pourrait voir apparaître des téléphériques et, si ce projet devait aboutir, il en serait fini des Kogi. Avant 1991, les Indiens (800 000 dans l'ensemble de la Colombie soit 88 communautés) étaient considérés comme des mineurs, sous tutelle de l'Église et ils ne disposaient d'aucune pièce d'identité. Avec la nouvelle Constitution, les Indiens sont reconnus du point de vue juridique, ils peuvent organiser le système politique de leur choix et ont une relative autonomie. Toutefois les fonds gouvernementaux mis à la disposition des préfectures pour contribuer au financement de projets de - développement constituent autant de bombes à retardement pour les Indiens, qui comme les Kogi veulent redonner vie à leur mémoire et à leurs terres.

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Date de dernière mise à jour : 27/06/2017