Les Kogis

 

 

 

Les Kogis (koʊɡi), ou Koguis, sont un peuple amérindien de Colombie.



Les Indiens kogis vivent depuis plus de 500 ans dans la Sierra Nevada de Santa Marta, dans le nord caraïbe de la Colombie sur une portion de territoire qui va de 0 à 5 770 mètres de hauteur. Ils sont les descendants des Tayronas, que la conquête espagnole a repoussé dans les montagnes.

En 2004, on recense 9 911 kogis en Colombie. Ils sont surtout agriculteurs et possèdent quelques animaux, principalement des porcs et des vaches.

Le peuple Kogi souffre des guérillas en cours en Colombie.


Leurs rituels et leurs traditions sont caractérisés par un rapport très fort et très sensitif à la Terre. Ils se sentent encore de nos jours « gardiens de la Terre » qu'ils considèrent et traitent comme « sacrée ». Ils sont capables de sentir d'après eux les lieux où la Terre est « vivante » et ceux où elle est morte.

Une association française, nommée « Tchendukua, Ici et Ailleurs », a été créée à la fin des années 1990 pour racheter les terres volées aux Kogis afin de leur restituer.

Les Indiens Kogis vivent sur les hauteurs de la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie.

L'histoire est un peu folle bien qu' elle ne manque pas d'être cruelle pour les Indiens Kogi. Au nord de la Colombie, ces descendants de la civilisation des Tayronas, massacrés au XVIe siècle par les conquistadores, vivent aujourd'hui un autre cauchemar, celui de leur possible disparition. Repliés dans les hautes vallées de la Sierra - Nevada de Santa Marta, la plus haute chaîne côtière au monde, culminant à 5 800 mètres d'altitude et à moins de 45 km de la mer des Caraïbes, les Kogi sont au nombre de 12 000, plus du double si l'on inclut trois autres communautés, Aruacos, Arsarios et Wiwas, quand l'ensemble de cette population précolombienne était de 500 000 au moment de la conquête espagnole. La menace est bien réelle sur cette pyramide montagneuse, « centre du monde » et « mère terre », prise dans l'étau des violences entre paramilitaires et mouvements de guérilla (FARC et ELN), convoitée par les pilleurs de tombes et les colons, repaire également des narcotrafiquants...

 © Eric Julien

Au fur et à mesure qu'ils sont dépossédés de leurs terres ancestrales, 70 % en l'espace de trente ans, les Kogi meurent à chaque fois un peu plus. Car ces terres sont les « racines » qui leur permettent d'accomplir leurs rituels et leur mission en préservant l'équilibre d'un univers dont ils font partie intégrante. Pour eux, la perte de la terre signifie aller toujours plus haut, dans des conditions extrêmes, là où toute survie devient impossible. Auquel cas les Kogi, inexorablement, seraient condamnés à l'extinction. Le fatalisme d'une telle vision a fait soulever bien des montagnes à nombre de « petits frères », comme le disent les Kogi à propos des membres de nos sociétés modernes (pour qualifier ceux qui ne pensent pas), afin de rendre leurs terres aux Kogi. L'un d'eux, Éric Julien (1), géographe de formation, guide de montagne « dans une autre vie », était en 1985 coopérant en Colombie quand il les découvre : atteint d'un oedème pulmonaire lors d'une course dans la Sierra à 4 500 mètres, il ne survivra qu'après avoir été recueilli et soigné par les Kogi, sans qu'il sache aujourd'hui trop comment. Durant sa convalescence il se passionne pour la culture de ces héritiers des Tayronas et, pour les remercier de lui avoir sauvé la vie, il promet de les aider à récupérer leurs terres ancestrales. Dix ans plus tard, l'idée lui « trottant dans un coin de la tête », il crée l'association Tchendukua-Ici et ailleurs (2), pour mobiliser des dons en France pour permettre aux Kogi de racheter leurs terres. L'opération est alors baptisée « Mille personnes pour une terre ». Le premier lot de 50 hectares est acquis pour 70 000 francs en 1998, suivi par d'autres, représentant actuellement un total de plus de 1 500 hectares. Une aide indissociable de celle de son « frère de coeur » colombien, Gentil Cruz. Depuis les cités de pierre ont revu le jour à Santa Marta, des terres reprennent vie, des rituels sacrés sont réinstaurés, des objets précieux précolombiens (objets en or, perles, flûtes, quartz) récupérés auprès des pilleurs de tombes sont rachetés et restitués aux autorités spirituelles de la communauté, les Mamu. Une mémoire ainsi reprend vie. Et comme celle d'Éric Julien autrefois, la voie de la guérison est - ouverte.

« Ce qui est fascinant, explique-t-il, c'est le potentiel dont est pourvue une société précolombienne qui n'a pas connu de rupture historique depuis 4 000 ans. C'est un cas unique en Amérique latine. Les Kogi ont toujours gardé leur langue, leur système politique, juridique, éducatif pour qu'ils puissent réinvestir et réveiller les cités de leurs ancêtres. »

Pour Éric Julien, une telle société peut choisir son futur. Lorsqu'elle refuse, par exemple, de cultiver le café, elle paraît « primitive » en rejetant une forme de logique économique. Mais pourquoi le ferait-elle au risque de détruire l'équilibre social du groupe ? Ce peuple aurait-il préservé ce que nous, en - revanche, nous aurions perdu ? Des liens étroits, multiples, sont tissés avec leur milieu naturel, interrogeant notre propre futur. Ils veulent l'équilibre et la préservation du monde et non sa domination. Ils sont pacifiques et veulent vivre en paix ensemble. De fait, les Kogi sont loin de la modernité, tout au plus achètent-ils des bottes en caoutchouc pour se protéger des serpents, ou des machettes nécessaires à leurs travaux.

« On ne peut pas qualifier d'archaïque une société qui veut garder sa mémoire, hautement démocratique, où la pauvreté n'existe pas, dont les membres tentent de vivre mieux ensemble, en paix, à leur juste place, où la femme est respectée, et où la finalité de vie est d'être heureux », poursuit Éric Julien.

Tout cependant ne va pas de soi. Dans la longue quête des Kogi, tout dialogue est souvent remis en question. Il y a environ un mois, deux terres rachetées pour les rendre aux Kogi ont été volées par des « paras » colombiens d'extrême droite. Les familles ont été chassées et on a dénombré une cinquantaine de morts. Le « frère » d'Éric Julien, Gentil Cruz a disparu depuis quatre mois sans « qu'on est de trace de lui ». L'État colombien de son côté ne fait pas grand cas de ces « indigènes ». La Sierra pourrait voir apparaître des téléphériques et, si ce projet devait aboutir, il en serait fini des Kogi. Avant 1991, les Indiens (800 000 dans l'ensemble de la Colombie soit 88 communautés) étaient considérés comme des mineurs, sous tutelle de l'Église et ils ne disposaient d'aucune pièce d'identité. Avec la nouvelle Constitution, les Indiens sont reconnus du point de vue juridique, ils peuvent organiser le système politique de leur choix et ont une relative autonomie. Toutefois les fonds gouvernementaux mis à la disposition des préfectures pour contribuer au financement de projets de - développement constituent autant de bombes à retardement pour les Indiens, qui comme les Kogi veulent redonner vie à leur mémoire et à leurs terres.

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