les Achuars


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    Les Achuar sont une population amazonienne Jivaro de quelque 18.500 individus situés de part et d'autre de la frontière entre le Pérou et l'Équateur.

Les Achuar sont un des derniers groupes de Jivaros encore relativement in-affectés par les contacts extérieurs. Le nom Achuar signifie peuple du palmier aguaje. Les Achuar sont l’une des treize nationalités indigènes reconnues de l’Équateur.
Le dialecte Achuar est l'un des quatre groupes de dialectes (Shuar, Achuar, Aguaruna et Huambisa) de la branche ethno-linguistique Jivaro. Le Jivaro est l'une des familles indigènes les plus homogènes du bassin amazonien.
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Ils sont une des quatre tribus Jivaros, les Achuar ont été pendant longtemps craints à cause de leur réputation de guerriers.

 

Indiens Jivaros : Des réducteurs de têtes

Popularisés par la littérature d’exploration et les films d’aventure, en raison de leur technique de réduction des têtes, les Indiens Jivaros font encore partie aujourd’hui des peuplades les plus primitives d’Amérique du Sud.
C’est d’ailleurs certainement la peur qu’ils ont toujours inspirée à leurs ennemis qui leur a permis de survivre à l’invasion des Européens.
Si la sinistre réputation des Jivaros a été connue après l’annexion de l’Amérique du Sud par les Blancs, elle était déjà célèbre bien avant. Les Incas, eux-mêmes, les craignaient.
Vers 1450, les soldats de Tupac Yupanqui éprouvaient déjà une réelle répulsion vis-à-vis de ces Indiens. Ils étaient réputés pour être de féroces combattants, mais surtout, les Incas savaient qu’ils ne faisaient aucun prisonnier.
Ceux qui étaient pris étaient décapités. Leurs têtes étaient alors réduites pour devenir moins grosses qu’un poing.

Après de sanglants affrontements, les Incas finirent par remporter la victoire. Cependant, ils ne purent soumettre totalement les Jivaros. Les rescapés se réfugièrent dans la forêt immense et impraticable d’Amérique du Sud.

Les Jivaros font partie d’un petit groupe linguistique isolé. Ils vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette.
L’unité sociale des Jivaros est la famille. Cette notion est prise dans le sens large du terme c'est-à-dire que chaque famille composée de plusieurs générations vit regroupée dans une grande maison. Cette maison est divisée en deux parties, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes.
Les Jivaros sont aussi des guerriers. Leur société est égalitaire et ils ne se dotent d’un chef qu’en cas de conflit. Mais, ces conflits sont nombreux. Les Jivaros ont pour ennemi héréditaire les Achuaras, une tribu voisine.
Quand les Achuaras ne suffisent plus à assouvir les instincts sanguinaires de la communauté, les Jivaros s’entre-tuent entre eux sous divers prétextes. La vraie raison est le prestige guerrier.

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Le plus grand guerrier est celui qui tue le plus d’ennemis. De chacune de ses victoires, il conserve un petit souvenir : une tête décapitée puis réduite.

Cette tradition a surtout pour objectif que l’esprit du mort, le muisak, ne revienne pas se venger.
Pour éviter cette vengeance d’outre-tombe, le guerrier accomplit un rituel complexe destiné à emprisonner l’âme du mort dans sa propre tête, soigneusement réduite, et appelée tsantsa.
La préparation de la tête dure plusieurs jours ; opérations pratiques alternent avec cérémonies magiques.
Pour éviter tout risque de décomposition, la réduction commence dès le retour vers le village. Les paupières sont cousues pour que le mort ne puisse voir ce qui l’entoure. La peau racornie est peinte en noir afin que l’esprit du défunt soit plongé dans l’obscurité pour l’éternité.

Les os du crâne, préalablement enlevés, les yeux et les dents sont jetés en offrandes aux anacondas.

Une fois ce rituel achevé, un trou est percé au sommet de la tête réduite et un lien y est passé. Le tsantsa est alors enveloppé dans une toile puis déposé dans une jarre de terre conservée par le guerrier.
Il ne ressort les têtes de ses ennemis que pour les porter autour du cou lors des fêtes.

À partir du 19e siècle, les Jivaros ont commencé à échanger les têtes réduites contre divers objets et armes. Les trafiquants ont revendu les têtes en Europe. Ce sont toujours des curiosités très recherchées par les collectionneurs et les musées.
Un trafic de faux tsantsas est d’ailleurs très florissant.

Aujourd’hui, les Jivaros, jamais réellement pacifiées par les Blancs, vivent toujours dans la forêt. Ce groupe amérindien est présent dans les forêts tropicales de la haute Amazone ; en Équateur et au Pérou. La population est estimée à environ 5000 individus.
Ils se font la guerre épisodiquement. Il arrive, dit-on, que certains muisaks soient encore réduits à l’obscurité éternelle.
Cette pratique semble toujours perdurer, bien que beaucoup plus rarement, malgré la sévérité des lois équatoriennes et péruviennes.

 

 
Comme leur nom l'indique, les Achuar d'Équateur sont situés dans la jungle de l'Amazonie à l'Est de l'Équateur qui partage ses frontières avec le Pérou. Chaque tribu occupe un territoire limité.
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Les Achuar habitent des maisons de forme ovale dont le toit est formé de palmes imperméables superposées pour les protéger des pluies abondantes dans cette région, sans parois externes, les maisons sont situées au milieu d'une clairière et entourées de jardins délimités par des rangées de bananiers.

Mœurs et coutumes
Mariage :

Les mariages sont en général polygames (permet d'avoir plusieurs conjoints). La première épouse est idéalement la fille d'un oncle maternel ou d'une tante paternelle donc une cousine croisée (waje). Si cela s'avère impossible, il faut alors trouver une cousine plus éloignée. Il est préférable d'épouser des femmes proches généalogiquement comme géographiquement. Avant de pouvoir vivre dans leur propre résidence (néolocale), le couple doit résider chez le père de son épouse (résidence matrilocale). Le lévirat est aussi appliqué, ce qui oblige une femme à se marier au frère de son mari défunt.

 

Lévirat

Le lévirat est un type particulier de mariage où le frère d'un défunt épouse la veuve de son frère, afin de poursuivre la lignée de son frère. Les enfants issus de ce remariage ont le même statut que les enfants du premier mari. Durant l'Antiquité, le lévirat était pratiqué notamment par les Égyptiens, les Babyloniens, les Phéniciens, les Hébreux et les Xiongnu (peuple Turc).

Le terme est un dérivé du mot latin levir, qui signifie « frère du mari ».


Division sexuelle du travail et de l'espace :
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Pour la construction de leur maison, les hommes abattent les grands arbres pour former une clairière, les femmes s'occupent du brûlis pendant qu'ils plantent les bananiers. La construction est la tache des hommes alors que les femmes s'occupent de façon exclusive des jardins qui entourent l'habitat. Un autre exemple de la vie quotidienne serait celui de la chasse réservée aux hommes tandis que les femmes s'occupent de cuisiner le gibier. La maison est aussi divisée en deux parties, le tankamash qui est réservé aux hommes et l'ekent, l'espace des femmes.
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Régime alimentaire :
Les Achuar trouvent leurs sources d'aliments dans les animaux terrestres comme aquatiques et dans les végétaux mais leurs apports sont plus ou moins régis par les saisons. D'août jusqu'à janvier, le temps des basses eaux, la pêche est abondante mais diminue avec les saisons de pluie qui débute à la mi-novembre et s'achève à la fin avril, période pendant laquelle les fruits sauvages sont amples ; pendant cette période les animaux sont mieux nourris pour être chassés pendant le temps de la graisse de singe laineux qui débute en mars. Sans oublier la plante de manioc, cultivée tout au long de l'année dans leurs jardins, qui est l'ingrédient indispensable pour la fabrication de la bière de manioc fortement appréciée des Achuar qui en font leur boisson quotidienne plus ou moins alcoolisée selon les occasions.
 
Monde onirique : (monde des rêves)
Les rêves sont pour les Achuar une façon de maintenir des relations avec les esprits qui leur fient des recommandations. Certains rêves annoncent une future action positive (kuntuknar) et d'autres annoncent des actions négatives (mesekramprar). Que ce soit l'un ou l'autre, les Achuar dépendent de ces rêves pour agir, que ce soit pour aller à la chasse, déclarer une guerre, etc.
 
Individualisme :
Très individualistes par nature, les Achuar évitent autant que possible la promiscuité et les disputes qu'elle peut causer. Cet individualisme les aide aussi à vivre sans mémoire des générations passées.

Guerre :
C'est un élément qui caractérise les Achuar. Comme les familles vivent à distance les unes des autres la guerre, fruit de la vendetta, pourrait être vue comme un moteur de rapprochement dans la mesure où on cherche à se faire des alliances ; sans guerre les motivations à maintenir des contacts externes seraient moindres puisque chaque parentèle Achuar est presque auto-suffisante.

Égalité des hommes :
Les hommes Achuar sont tous considérés égaux dans tous les sens du mot. La hiérarchie leur est totalement étrangère quoiqu'un homme qui se montre bon chasseur et brave guerrier pourrait gagner plus de respect et d'attention de la part de ses confrères ; ceci dit, il ne bénéficie d'aucun droit ou traitement différent des autres.

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Les Achuar, les animaux, les plantes et les météores

Philippe Descola (1986) montre comment la nature, pour les Achuar, s'émancipe du seul ordre taxinomique, en se voyant attribuer des caractéristiques humaines : « Les hommes et la plupart des plantes, des animaux et des météores sont des personnes (aents) dotées d'une âme (wakan) et d'une vie autonome »

Les mythes Achuar disent entre autres choses comment à l'origine tous les êtres avaient une apparence humaine, celle des personnes complètes (penke aents). Perdant celle-ci dans les circonstances du mythe, plantes et animaux n'en gardent pas moins, pour les Achuar, une sociabilité ordonnée selon les mêmes règles que celles qui régissent leurs propre vie sociale. « L'anthropomorphisation des plantes et des animaux tout autant la manifestation d'une pensée mythique qu'un code métaphorique servant à traduire une forme de savoir populaire ». C'est la capacité d'échanger dans un langage qui leur est propre qui définit les différentes espèces comme telles. Cependant, les âmes de chaque être ont une capacité de discours subjectif qui permet à l'ensemble des êtres d'interagir. C'est ainsi dans une fin de communiquer avec les plantes et les animaux que les Achuar entonnent à leur encontre des chants incantatoires (anents). En revanche, le langage de l'âme des êtres non-humains n'apparaît aux Achuar que lorsque l'âme quitte leur corps et ce sont dans les rêves (kara) et les transes qu'une telle condition apparaît.

Le Chamanisme et les Tsunki
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Il y a deux sortes de chamanes (uwishin) et donc deux sortes de chamanisme : le chamanisme tsuakratin (guérisseur) et le chamanisme wawekratin (ensorceleur) par lequel le chaman envoie des tsentsak (fléchettes invisibles) à distance qui rendent celui qui les reçoit malade. La pratique exposée ci-dessous est celle du chamane guérisseur qui sert à prélever les fléchettes (tsentsak) envoyées par un wawektratin dans le corps du "malade" grâce à un rituel précis.
Selon la coutume, on fournit au chamane le natem (substance hallucinogène) et le tabac, instruments de guérisons. Uwishin commence par consommer le natem et descend ensuite dans la rivière pour réveiller les fléchettes qu'il a dans son corps en les faisant vibrer grâce au chant du chamane. Cela accompli, le chamane revient à son patient pour anesthésier les mauvaises fléchettes logées dans son corps en balayant la partie douloureuse pour refroidir les tsentsak et les rendre plus faciles à extraire. Ensuite le chamane chante pendant environ une heure des anent qui servent à décrire les métamorphoses qu'il subit, à invoquer les pasuk, à mettre en branle les fléchettes et à rassurer le malade. Le pasuk est le principe actif des fléchettes et est représenté aussi par les Tsunki et leurs animaux domestiques. Les Tsunki sont des semblables aux hommes mais qui vivent sous l'eau ; ils possèdent tous les pouvoirs chamaniques et garantissent leurs effets durables, ils sont aussi la source ultime des tsentsak. Après avoir fini son chant, le uwishin pose des questions à la conjointe du malade pour établir un diagnostic et savoir si le malade est atteint d'un sunkur (maladie d'origine non chamanique) ou d'un tunchi (ensorcellement chamanique). Enfin le chamane boit quelques rasades de jus de tabac et en conserve dans sa bouche en suçant la partie malade, puis il dégurgite le jus et souffle dans sa main, il reprend le processus environ dix fois pour pouvoir prélever dans le creux de sa main de petits morceaux de verre (les fléchettes) et souffle sur le ventre du malade guéri pour conclure le traitement. On devient chamane en s'approvisionnant de tsentsak par un rituel d'initiation d'un autre chamane qui aide à conditionner le corps à garder les tsentsak pour une utilisation éventuelle sur un malade ou sur un ennemi ; le chamanisme peut aussi se transmettre de manière héréditaire et c'est là qu'il est le plus efficace puisque dès son plus jeune âge, le nourrisson est familiarisé aux tsentsak qu'il reçoit du lait de sa mère après que son père les ait soufflés dans les seins de cette dernière


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Date de dernière mise à jour : 02/08/2014